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Une serie d'initiatives de paix lancees depuis 2021 ont cherche remedier l'escalade du conflit dans l'est de la Republique democratique du Congo (RDC) la suite d'une nouvelle offensive du groupe rebelle M23.
Les origines de cette crise remontent la premire guerre du Congo en 1996. Depuis lors, l'intensite du conflit dans l'est de la RDC a connu des hauts et des bas. L'offensive actuelle du M23 represente l'une de ses phases les plus violentes.
Au cours de prs de trois decennies, de nombreux efforts de paix ont ete entrepris, mais aucune intervention locale, regionale ou internationale n'a reussi instaurer une stabilite durable. Elles n'ont surtout pas reussi s'attaquer aux dynamiques profondes qui sous-tendent cette violence dans l'est du pays, riche en minerais, o au moins 120 groupes armes seraient actifs.
Parmi ces efforts recents, on peut citer le processus de Nairobi lance en avril 2022 par la Communaute de l'Afrique de l'Est, et le processus de Luanda en juin de la mme annee, lance par le president angolais Joao Lourenco.
La Communaute d'Afrique de l'Est a deploye sa force regionale en RDC en novembre 2022. Elle a ete suivie par la Communaute de developpement de l'Afrique australe, qui a deploye des troupes en decembre 2023. Ces troupes se sont retirees respectivement en 2023 et 2025.
Plus recemment, des pourparlers de paix ont eu lieu Doha, aprs une rencontre entre les presidents du Congo et du Rwanda en mars 2025. Les Etats-Unis ont joue le role de mediateur Washington partir d'avril 2025.
Le conflit a continue de s'intensifier. Plus de 7,8 millions de personnes sont desormais deplacees l'interieur de la RDC orientale. Environ 28 millions de personnes supplementaires sont confrontees l'insecurite alimentaire, dont prs de quatre millions se trouvent dans une situation d'urgence.
Pourquoi tous ces processus de paix n'ont-ils pas reussi instaurer la stabilite et que pourrait-on faire pour les renforcer ?
J'ai etudie les dynamiques des conflits en Afrique centrale pendant des decennies et, mon avis, la persistance des conflits dans l'est de la RDC n'est pas due un manque d'initiatives de paix. Je soutiens que certaines initiatives souffrent d'une conception defaillante, d'autres d'une mise en uvre difficile, et certaines d'une combinaison des deux.
Une profonde mefiance, des engagements au point mort, l'exclusion d'acteurs cles, des efforts de mediation fragmentes, une importance excessive accordee aux incitations economiques et une faible legitimite nationale ont entrave les progrs.
Idealement, les processus de paix devraient remedier de manire globale ces lacunes et jeter les bases d'une stabilite durable.
Mais les conditions ideales sont rares.
Le defi consiste donc recourir une diplomatie soutenue pour rendre les cadres imparfaits actuels plus efficaces, tout en instaurant progressivement la confiance et l'inclusivite necessaires une paix plus durable.
1. Profonde mefiance entre les parties
Depuis 2021, les processus de paix se sont concentres sur les negociations de paix entre le gouvernement de la RDC, les representants du M23 (et leur branche politique Alliance Fleuve Congo) et le gouvernement rwandais. L'ONU et de nombreux autres acteurs ont montre que le Rwanda soutenait le M23, une accusation que Kigali niee plusieurs reprises.
Au cur de l'echec de ces processus se trouve un profond manque de confiance. Les relations entre Kinshasa, le M23 et Kigali sont marquees par l'hostilite, la mefiance mutuelle et les promesses non tenues.
De plus, le M23, l'Alliance Fleuve Congo et le Rwanda ne peuvent tre consideres comme des acteurs interchangeables. Parmi ces acteurs, des divergences subsistent quant aux objectifs ultimes de la rebellion : marcher sur Kinshasa, prendre le controle des territoires cles de l'est du pays ou renforcer leur influence travers les structures etatiques congolaises plutot que par le biais d'une administration separee de facto.
Les atrocites qui continuent d'tre commises sur le terrain renforcent la mefiance. Des rapports recents de l'ONU, Human Rights Watch et Amnesty International documentent les meurtres et les executions sommaires continus de civils congolais par les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda, soulevant des inquietudes de nettoyage ethnique. Ces atrocites s'ajoutent aux abus commis par les forces congolaises et les milices alliees (regroupees sous le nom de Wazalendo).
2. Mesures de mise en uvre insuffisantes
En raison de cette mefiance, les parties hesitent faire le premier pas dans la mise en uvre des accords. La Declaration de principes de Doha du 19 juillet 2025, par exemple, engageait les deux parties proceder des echanges de prisonniers et retablir l'autorite de l'Etat dans les zones controlees par les rebelles. Cependant, Kinshasa a refuse d'echanger des prisonniers avant un rglement definitif, une condition que le M23 considerait comme essentielle.
3. Echec inclure tous les acteurs regionaux
La guerre dans l'est de la RDC implique plusieurs Etats voisins. L'Ouganda, en particulier, dispose d'une presence militaire importante et partage les preoccupations et les motivations du Rwanda : tous deux considrent la region comme une menace pour la securite et une opportunite economique, notamment grce aux exportations d'or et au commerce transfrontalier. Pourtant, l'Ouganda a ete exclu de certaines negociations.
Debut aot 2025, les Etats africains ont annonce qu'ils fusionneraient les structures de mediation de la Communaute de l'Afrique de l'Est, de la Communaute de developpement de l'Afrique australe et de l'Union africaine en un processus consolide dirige par l'Union africaine. Cela pourrait potentiellement impliquer ces acteurs regionaux, en particulier l'Ouganda.
4. Duplication et fragmentation des initiatives
Depuis la reprise du conflit en 2021, un problme recurrent est la proliferation d'initiatives de paix parallles et qui se chevauchent. Elles impliquent divers acteurs et manquent souvent de coherence.
5. Le role et les limites de la pression exterieure
Le succs des negociations depend dans une certaine mesure de la marge de manuvre diplomatique dont disposent les acteurs de la mediation.
Dans le contexte actuel, la pression exercee par les Etats-Unis est essentielle. Et en effet, la lumire de la reprise des combats la mi-aot 2025, les Etats-Unis ont publie une serie de declarations et de sanctions contre les parties impliquees, principalement le M23. Cependant, les attentes d'une intervention musclee des Etats-Unis, y compris l'idee irrealiste d'un deploiement de troupes americaines sur le terrain , ont suscite la deception de nombreux acteurs, en particulier en RDC.
6. Les incitations economiques ne suffisent pas
Le processus de Washington a mis fortement l'accent sur la promotion du commerce avec les Etats-Unis, presentant la croissance economique comme une voie vers la stabilite. Mais la paix necessite plus que des accords economiques. Cette approche risque de reduire un conflit multidimensionnel, enracine dans des griefs politiques, securitaires et sociaux, une question de marches. Elle risque egalement de donner la priorite aux interts economiques americains plutot que de repondre aux realites locales.
7. Faible legitimite interne
Enfin, la legitimite des accords de paix actuels en RDC reste contestee. L'intensification du conflit a concide avec une montee des critiques internes l'encontre du president Felix Tshisekedi, dont l'autorite a ete sapee par son incapacite mettre fin la violence. Les accords ont ete critiques par la societe civile congolaise comme etant dictes par l'exterieur et insuffisamment inclusifs. Ils n'ont pas ete ratifies par le Parlement et n'ont pas implique la societe civile ni les acteurs locaux.
L'est de la RDC reste en proie des conflits malgre les initiatives de paix. Les promesses non tenues, la mise en uvre insuffisante et la profonde mefiance freinent les progrs. Les incitations economiques ne peuvent elles seules resoudre une crise qui trouve ses racines dans des enjeux politiques, la securite et les revendications sociales.
Les puissances exterieures ne peuvent qu'exercer une influence. Une paix durable doit tre negociee et approuvee par les parties elles-mmes. Sans un soutien plus large, les processus de paix risquent de ne servir que de mecanismes d'apaisement, et non de veritables voies vers une resolution.



















