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Pendant des decennies, les efforts de sante publique en Afrique subsaharienne se sont concentres sur les campagnes de prevention, de depistage et de traitement du VIH chez les enfants et les femmes en ge de procreer. Les personnes gees, elles, sont largement oubliees.
Aujourd'hui, les campagnes de traitement antiretroviraux (ARV) connaissent un grand succs. Elles s'accompagnent d'efforts continus pour atteindre les objectifs les objectifs 95-95-95 de l'Onusida en matire de VIH. Autrement dit, 95 % des personnes seropositives doivent connatre leur statut, 95 % doivent suivre un traitement. Et, 95 % doivent avoir une charge virale indetectable. Grce ces efforts, l'ecart en matire de traitement du VIH s'est reduit dans beaucoup de pays africains.
L'une des consequences de cette evolution est que l'epidemie de VIH touche de plus en plus les personnes gees. En raison de l'augmentation de l'esperance de vie de la population vivant avec le VIH, l'epidemie a connu un processus de vieillissement.
Cependant, la plupart des programmes et des etudes sur le VIH continuent de negliger la population gee de plus de 50 ans. La consequence immediate est que les personnes gees, en particulier les femmes ayant depasse l'ge de procreer, sont souvent invisibles dans les donnees de surveillance, negligees dans les messages de prevention et sous-representees dans les strategies de soins.
Peu d'interventions liees au VIH sont adaptees ce groupe, mme s'il est confronte des risques particuliers. Cette lacune a de graves consequences sur la sante et le bien-tre de cette population vulnerable et en constante augmentation.
Au cours des dernires annees, nous avons travaille mieux comprendre le processus de vieillissement de l'epidemie de VIH, non seulement en ce qui concerne le nombre croissant de personnes vivant avec le VIH, mais aussi en expliquant les risques de nouvelles infections par le VIH chez les personnes gees.
Pour repondre ce manque de donnees, nous avons etudie les changements dans l'epidemie de VIH chez un groupe de personnes gees au cours de deux phases de collecte de donnees (2013-2016 vague 1 ; 2019-2022 vague 2) et sur prs d'une decennie.
Cette etude, qui s'inscrit dans le cadre de l'etude AWI-Gen en Afrique, a suivi plus de 7 000 adultes ges de 40 ans et plus dans quatre endroits differents. Trois d'entre eux se trouvaient en Afrique du Sud : la zone urbaine de Soweto, dans le cur industriel du pays, la zone rurale de Bushbuckridge, dans le nord-est du pays, et Dikagale, Mamabolo et Mothiba, dans le nord. Le quatrime site etait situe dans les bidonvilles de Nairobi, au Kenya.
Ces sites permettent de comparer l'Afrique orientale et l'Afrique australe, les deux regions africaines o la prevalence du VIH est la plus elevee. En mme temps, cela permet une comparaison entre les milieux ruraux et urbains.
Nous avons pu evaluer le nombre de personnes vivant avec le VIH, le nombre de nouvelles infections et les facteurs sociaux l'origine de la transmission du VIH. Pour ce faire, nous avons effectue des tests de depistage du VIH et demande aux participants s'ils avaient dej ete testes pour le VIH, s'ils connaissaient leur statut serologique et s'ils recevaient un traitement antiretroviral.
Nous avons constate qu'un adulte sur cinq (22 %) participant l'etude vivait avec le VIH (c'est--dire qu'il etait infecte par le VIH). Ce taux est reste eleve aux deux moments de l'etude. Nous avons egalement observe que de nouvelles infections se produisaient dans cette population plus gee, en particulier chez les veuves, les habitants des zones rurales et les personnes sans instruction formelle.
Cela montre que, mme si l'accs au traitement s'est ameliore, des disparites importantes persistent. Et les personnes gees continuent de contracter le VIH, souvent parce qu'elles sont exclues des campagnes publiques de sensibilisation au VIH.
La conclusion que l'on peut tirer de nos resultats est que le monde doit cesser de considerer le VIH comme une maladie des jeunes . Le discours doit changer, tout comme la reponse. Vieillir avec le VIH est desormais une realite de sante publique mondiale, en particulier en Afrique subsaharienne, et la reponse au VIH doit evoluer pour refleter cette realite.
L'une des idees fausses les plus repandues que nous avons rencontrees est que les personnes gees, en particulier celles qui sont veuves ou menopausees, ne sont plus exposees au risque de contracter le VIH. Beaucoup pensent que si l'on ne risque plus de tomber enceinte, on ne risque plus d'tre infectee.
En consequence, l'utilisation du preservatif diminue, le depistage est retarde et les personnes entament de nouvelles relations plus tard dans leur vie sans connatre le statut de leur partenaire.
Il y a aussi la stigmatisation. Les personnes gees ont grandi une epoque o le VIH etait associe au silence et la honte. Beaucoup ressentent une profonde gne ou une peur de se faire depister, de reveler leur statut ou mme de discuter de leur sante sexuelle avec les professionnels de sante. Certains ne croient tout simplement pas que cela puisse leur arriver.
Lors de notre premire phase de collecte, seulement 55 % des personnes seropositives ont correctement declare leur statut. Cela entrane des retards dans le traitement, un risque accru de transmission et une remise en cause de la planification de la sante publique.
Sur une note positive, nous avons observe une augmentation de 77 % des declarations correctes lors de la deuxime vague, ce qui pourrait ameliorer l'accs au traitement antiretroviral et la suppression virale chez les personnes gees l'avenir.
L'un des facteurs de protection les plus importants que nous avons identifies est l'education formelle. Les personnes gees n'ayant pas suivi d'etudes formelles etaient prs de quatre fois plus susceptibles de contracter le VIH que celles ayant suivi des etudes secondaires ou superieures. L'education ameliore les connaissances en matire de sante, incite les personnes se faire soigner et permet de mieux comprendre la transmission et la prevention du VIH.
De mme, les personnes vivant dans les zones rurales, en particulier les femmes, presentaient des taux de VIH plus eleves que leurs homologues urbains. Il ne s'agit pas simplement de differences comportementales. Elles refltent des inegalites systemiques : accs limite au depistage, insuffisance des soins de sante, faible niveau de communication ciblee sur la prevention et stigmatisation profondement ancree.
Le fait d'tre marie, d'avoir un emploi ou d'tre financirement stable etait egalement associe un risque plus faible, ce qui confirme que le risque de VIH chez les personnes gees depend autant des structures sociales que du comportement individuel.
mesure que les personnes gees vieillissent avec le VIH, elles sont de plus en plus nombreuses souffrir d'autres maladies chroniques telles que le diabte, l'hypertension ou l'arthrite. Pourtant, les systmes de sante traitent souvent ces maladies de manire cloisonnee. Une personne gee peut tre amenee se rendre dans la mme clinique des jours differents ou se rendre dans differents etablissements de sante pour recevoir des medicaments contre le VIH, un traitement contre l'hypertension et le diabte, et un soutien en matire de sante mentale, si elle a accs ces trois services.
Les structures de sante et les decideurs politiques doivent developper des services de soins plus integres et adaptes aux personnes gees. Parmi les autres interventions, cela impliquerait notamment :
proposer un depistage systematique du VIH aux adultes de plus de 50 ans
integrer les services lies au VIH au depistage des maladies non transmissibles
former les prestataires de soins de sante repondre aux besoins specifiques et aux realites vecues par les personnes gees
investir dans des messages de sante sans stigmatisation et adaptes la culture, qui incluent et autonomisent les personnes gees.
Il existe dej des modles prometteurs dans certains contextes africains, tels que les agents de sante communautaires qui delivrent des medicaments et effectuent des controles de sante en une seule visite, ou les groupes de soutien par les pairs pour les personnes gees vivant avec le VIH, et l'integration du VIH et des maladies non transmissibles dans les systmes de soins de sante primaires. On en trouve des exemples dans certaines regions d'Afrique du Sud. Mais ils restent minimes et sous-finances. Leur developpement plus grande echelle necessite une volonte politique et un engagement financier.
Si les personnes gees ne sont pas incluses dans la gestion de la pandemie de VIH, les objectifs 95-95-95 de l'ONUSIDA ne seront pas atteints. Et les risques lies l'inaction sont de plus en plus importants.
Alors que le financement international de la lutte contre le VIH est sous pression, notamment en raison des coupes budgetaires dans le Pepfar et d'autres programmes mondiaux, ce sont souvent les plus marginalises qui sont les plus touches. Cela inclut les femmes gees des villages ruraux qui pensent que le VIH ne les concerne pas et qui sont exclues des tests de depistage. Le Pepfar (Plan d'urgence du president americain pour la lutte contre le sida) a permis d'eviter des millions d'infections par le VIH et a aide plusieurs pays matriser l'epidemie de VIH.
Il est donc temps de reecrire le scenario.
La reponse au VIH doit tenir compte du fait que les personnes gees sont touchees par la maladie. Cela implique d'investir dans la recherche locale, de concevoir des services adaptes tous les ges et de reconnatre que les personnes gees ont une vie sexuelle, des besoins en matire de sante et des droits. Il faut aussi ecouter leurs recits et deconstruire les mythes qui les reduisent au silence.
Ignorer cette population risque de reduire neant des decennies de progrs. Mais agir ds maintenant (services adaptes, messages inclusifs et innovations menees par l'Afrique) peut combler les lacunes, sauver des vies et mettre en place une riposte au VIH plus equitable pour l'avenir.




















